Rencontre avec Olivier Ratsi

2020-07-28
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interview

Olivier Ratsi est un artiste français qui vit et travaille à Paris. D’abord graphiste pour des évènements de musique électronique, Olivier Ratsi a par la suite pris une place prépondérante dans le développement du vidéo Mapping en France. Ses installations perturbent nos sens et bouleversent nos repères spatio-temporels… Découvrez l’interview de cet artiste fascinant, dont le travail s’inspire de la mécanique quantique !

Comment décrirais-tu l’art numérique ?

« Je perçois le numérique comme un outil et j’utilise cet outil pour expérimenter mes idées. Ma pratique artistique est très liée à cet outil numérique. La qualification de l’art numérique n’est pas une question que je me pose en tant que telle.

Selon moi, faire de l’art, c’est juste une démarche par laquelle un artiste qui souhaite s’exprimer utilise les outils mis à sa disposition et à la disposition de son époque. Cela aurait pu être par le biais de la peinture mais en l’occurrence ce sont les outils numériques qui qualifient l’œuvre d’art numérique ! L’art numérique va utiliser les outils numériques qui sont finalement tous les outils d’aujourd’hui, à l’exception du bloc et du crayon. »

Frame Perspective, Olivier Ratsi

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire de l’art numérique ? Qu’est-ce qui t’anime dans l’exploration de nouveaux medias ?

« Ce qui m’anime dans l’art numérique, c’est de pouvoir continuer à m’exprimer quotidiennement, c’est l’excitation de l’exploration de ces nouveaux médias. J’ai d’abord fait du VJing, qui est de la performance visuelle en temps réel, en synchronisation avec de la musique électronique. J’ai rencontré beaucoup de personnes dans cet environnement là, et nous avons lancé le label AntiVJ avec de nombreux artistes tels que Joanie Lemercier, Romain Tardy ou encore Yannick Jacquet. C’était en 2007, à une époque où l’on avait envie d’aller plus loin, où le mapping n’existait pas… On a d’abord été VJ dans des soirées, on projetait des visuels en live grâce à des projecteurs. Et puis on a eu envie de sortir de ce cadre là…

On voulait projeter des images sur des volumes, sur des formes plus complexes. Le mapping n’existait pas, et c’est là qu’on a fait évoluer ensemble certaines de nos compétences pour en arriver au mapping ! C’est comme ça qu’on s’est fait connaître : en créant le mapping, en détournant nos outils de leur utilisation habituelle, en apprenant à les exploiter d’une manière nouvelle.

Les technologies actuelles nous ont permis de faire du mapping en temps réel, de dessiner sur des logiciels et d’avoir la possibilité de diffuser ces dessins en temps réel. Nous avons travaillé sur beaucoup de projets de mapping ensemble, assez représentatifs du début de ma carrière. Puis nous avons travaillé sur des installations audiovisuelles, et j’ai quitté le label en 2016 pour développer ma démarche personnelle. »

Quels sont tes outils en tant qu’artiste numérique ? Quelle est ta technique ?

« J’ai toujours eu cette démarche d’explorer notre perception de l’espace, de tenter de décrypter toute une masse d’informations sur l’espace et sur le temps, en inscrivant de la temporalité.

Dans le mapping, tu peux créer des anamorphoses : il faut se trouver à un endroit précis pour voir la déformation d’un bâtiment. Cette technique qui était un inconvénient dans le mapping est finalement devenue une force dans ma technique de création. J’ai détourné le phénomène de l’anamorphose pour remettre en question notre espace et notre environnement. Elle est devenue le centre de mon travail. Je l’utilise très souvent dans mon travail qui tourne autour de la perception de l’espace. »

Delta, Olivier Ratsi

« J’utilise des logiciels 3D pour mettre en œuvre mes installations. J’utilise aussi des outils lasers pour m’approprier l’espace. Dans mon travail, je passe vraiment du monde réel aux logiciels et vice-versa. La technologie me permet aussi de simplifier les process. Moins de corps de métiers sont ainsi requis pour la mise en place d’une installation. Avant, il m’aurait fallu des dizaines de corps de métiers différents pour aller au bout d’un projet : les outils numériques me facilitent la tâche et me permettent de le concrétiser en équipe réduite. C’est ainsi que je conçois l’outil numérique, comme une simplification des process, qui permet d‘obtenir un résultat maîtrisé avec une simplification des coûts ! »

Quel est ton parcours ? As-tu suivi une formation spécifique ?

« J’ai suivi une formation en arts plastiques, et je suis spécialisé en graphisme. Pour ce qui touche au numérique, j’ai beaucoup appris des logiciels de façon autodidacte. Je dirais que ma formation m’a été extrêmement bénéfique pour côtoyer l’écosystème artistique et m’élever sur ce plan là. Puis aujourd’hui, avec un peu de curiosité et de motivation, internet t’aide vraiment à accéder à beaucoup d’informations. »

Quelle est ta source d’inspiration ?

« J’ai une profonde admiration envers les gens qui veulent faire évoluer le monde, qui se penchent notamment sur la question de savoir comment notre monde fonctionne. Les grands physiciens, les grands scientifiques m’inspirent depuis toujours. Newton, Galilée, Copernic, Tesla, Einstein, Bohrs, Faraday… autant de physiciens dont les théories me fascinent !

J’aime l’idée d’illustrer visuellement certaines théories scientifiques notamment ce qui touche à la mécanique quantique. C’est ce qui me donne envie de créer.

Mon travail est très lié à l’espace. La conception de l’espace-temps développée par Einstein me fascine. C’est le premier à avoir compris la relation entre l’espace et le temps et mon travail est intrinsèquement lié à ses découvertes… C’est probablement la personne qui m’inspire le plus. »

À Propos de IN PARALLEL

IN PARALLEL, Olivier Ratsi

« C’est une installation avec des tubes lumineux de couleur rouge. Elle se compose de 6 tubes lumineux quelque peu semblables à des néons de couleurs rouge. Ils sont en suspension au dessus d’un bassin d’eau. Les tubes sont disposés en quinconce dans l’espace et quand le spectateur se situe sur un point défini, les tubes sont parallèles dans l’espace. Lorsque le spectateur tourne autour, tout est désordonné et lorsqu’il se positionne sur le fameux point d’anamorphose, les tubes sont parallèles. C’est en fait le reflet des tubes qui renvoie une image différente de la réalité.

Le reflet de l’eau cherche à mettre en contradiction la véracité de ce que voit le spectateur, au sujet des tubes réels. Le bassin ne renvoie pas la vraie image des tubes et permet ainsi de douter de l’image réelle que le spectateur peut apercevoir.

L’intérieur des néons rouges est constitué de LEDs et lors de la conception, j’ai utilisé un logiciel 3D pour positionner ces éléments dans l’espace. »