portrait
3d
02:20
2023
Lauren Moffatt est une artiste d’origine australienne qui travaille la vidéo, la performance et les technologies immersives. Formée à la peinture, aux nouveaux médias et à la création audiovisuelle à l’UNSW Art & Design, à l’Université Paris VIII et au Fresnoy, elle associe outils conventionnels, obsolètes et émergents pour construire des univers à cheval entre espace physique et espace virtuel. Sa pratique naît d’une expérimentation constante : elle détourne des algorithmes conçus à d’autres fins pour générer de la géométrie numérique, et cherche des textures qui relient le monde physique à sa numérisation. Il en résulte des installations, des simulations immersives et des images en mouvement qui laissent parfois le spectateur incertain : peinture ou objet numérique ? Elle y explore la subjectivité ambiguë des corps connectés et les frictions entre mondes virtuel et physique, vie numérique et vie organique.
Installée à Valence, son travail a été présenté dans des institutions et festivals tels que le Centre Pompidou, la Villa Médicis, le ZKM, FACT Liverpool, Sónar, SXSW et le Festival de Sundance. Lauréate 2025 du programme de résidences S+T+ARTS, elle a reçu ou été nommée pour plusieurs prix, dont le DKB VR Art Prize, la Bourse Neuflize Innovation et le LOOP Discovery Award. Ses œuvres figurent dans des collections publiques et privées, parmi lesquelles la Bibliothèque nationale de France, The Fabbula Collection et la MAKMA Collection.

La série Flowers for Suzanne Clair s'inspire de The Crystal World (1966), le roman catastrophe de J. G. Ballard dans lequel un processus de minéralisation apocalyptique se propage à travers le monde, changeant en cristal tout ce qui se trouve sur son passage. L'histoire est racontée principalement à travers son protagoniste, Edward Sanders, qui assiste à la catastrophe dans une belle prose décrivant l'opulence glaçante de la destruction. Suzanne Clair est une ancienne amante de Sanders, que l'on découvre à travers son regard comme une âme tragique et perdue. Plutôt qu'une fin, Suzanne perçoit dans le cristal l'occasion d'une autre manière de vivre, et son optimisme tranche maladroitement avec les autres figures du premier plan. Elle semble n'être qu'une victime naïve et solitaire.
Sortie de ce contexte étroit, la capacité de Suzanne à percevoir la crise autrement que comme une menace existentielle immédiate, sa volonté d'envisager des alternatives à la catastrophe, paraît plus intéressante que l'attitude des personnages masculins qui la regardent de haut. Il aurait été intéressant de voir The Crystal World à travers les yeux de Suzanne, de la comprendre comme plus qu'un personnage accessoire, et cette nostalgie d'une voix perdue est à l'origine du monde de Flowers for Suzanne Clair.
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Au sein de cet ensemble, la série Compost explore des formes de décélération et de régénération, en utilisant des technologies issues du jeu vidéo fusionnées avec des techniques de peinture conventionnelles.
Les images et sculptures numériques empruntent des chemins de traverse, suivant un processus fait d'accidents et de dialogues avec les machines. Cette pratique singulière de la photogrammétrie consiste à travailler avec un nombre réduit de photographies, à varier les focales, à photographier des sujets de trop près, ou à provoquer volontairement des erreurs lors de la prise de vue de sujets en mouvement. Les textures sont ensuite peintes puis fondues dans des compositions au sein d'un logiciel de modélisation 3D.
En créant une étrangeté numérique et des effets qui associent le sublime aux défauts numériques, ces interventions restituent au vivant une part de désordre et d'indétermination.
3d
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2023