Rencontre avec Mark Mawson

2021-02-10
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interview

Microbubbles, Mark Mawson

Mark Mawson

Mark Mawson est un publicitaire, photographe d’art et réalisateur basé à Londres. Ses trente années d’expérience lui permettent de produire des images magnifiquement inspirées. Mark Mawson est spécialisé dans la prise de vue de liquides. Sa série colorée, “Aqueous” est célèbre et est présente dans de nombreuses collections privées. L’œuvre vidéo “Aqueous” produite en 2012 a été projetée sur les murs du palais de Buckingham comme toile de fond pour le concert du jubilé du diamant de la Reine.

Comment décrirais-tu l’art numérique ?

« Je suppose qu’il s’agit de tout ce qui est créé à l’aide de la technologie, que ce soit un ordinateur, une tablette ou d’autres formes de technologie. Je pense aussi que l’art numérique est une forme d’art qui peut être projetée sur des écrans. En ce qui me concerne, mon travail photographique peut aussi être imprimé, mais j’utilise des appareils photo numériques, donc c’est toujours de l’art numérique d’une certaine manière. »

Aqueous Fluoreau, Mark Mawson

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire de l’art numérique ? Qu’est-ce qui t’anime dans l’exploration de nouveaux medias ?

« Je ne suis pas sûr que quelque chose m’ait vraiment poussé à faire de l’art numérique. Ce que je veux dire, c’est que ce n’était pas une décision consciente de ma part de commencer à travailler avec des outils numériques. Je pense que c’est juste la façon dont le monde entier évolue et fonctionne de nos jours. Tout ce qui nous entoure est numérique. C’est donc le fait de vivre dans un monde où le numérique est si omniprésent qui m’a donné envie de travailler sur ces questions depuis le début.

Ce que j’aime vraiment dans l’art numérique, c’est tout le mouvement qu’il permet. C’était très important pour moi de donner de la vie à mon travail, car la simple idée d’une œuvre esthétique en mouvement me fascine. Peu importe si l’œuvre que je contemple est radicalement abstraite. Il ne s’agit pas de regarder un film ou une histoire en tant que telle. Ce qui me fascine, ce sont les formes qui se déplacent et s’entremêlent de manière aléatoire et hypnotisante. »

Quels sont tes outils en tant qu’artiste numérique ? Quelle est ta technique ?

« Mon travail est entièrement photographique. Mes outils sont donc principalement des appareils photo, des éclairages, des liquides et des logiciels de montage informatique. Tout mon travail est donc toujours basé sur la photographie, mais il est ensuite transféré sur des ordinateurs pour être édité et visualisé de cette façon.

En ce qui concerne la mise au point de l’appareil photo, je dois l’actualiser au fur et à mesure que l’œuvre sur laquelle je travaille se meut. En effet, je dois être très précis car la plupart de mes travaux sont des travaux macro. Il faut savoir que toutes les couleurs que je filme ne sont concentrées que sur un petit plat à peine plus grand que la paume de ma main.

En ce qui concerne ma technique, la plupart du temps je place des liquides dans de l’eau et ils se mélangent, s’entremêlent et forment un flot de couleurs qui coulent comme tous les liquides le font. C’est très organique, très esthétique, mais c’est surtout très intriguant parce qu’on ne peut pas vraiment prévoir comment l’œuvre va évoluer avec les couleurs. En bref, j’utilise les couleurs et la lumière pour créer une atmosphère, une ambiance, un sentiment. »

Quel est ton parcours ? As-tu suivi une formation spécifique ?

« J’ai toujours voulu être photographe, au moins depuis l’âge de treize ans. Après le lycée, j’ai donc étudié la photographie à Sheffield, en Angleterre. Au départ, je voulais être photojournaliste, alors je me suis d’abord spécialisé dans ce domaine et j’ai commencé à faire beaucoup de choses très différentes de ce que je fais maintenant. J’ai travaillé pour des journaux pendant environ huit ans. J’ai beaucoup apprécié car j’avais l’impression d’illustrer l’histoire chaque fois que je me retrouvais au cœur de l’actualité. Mais au bout d’un certain temps, j’ai voulu me réorienter vers un secteur plus créatif, plus artistique. Quand vous êtes photojournaliste, vous photographiez juste ce qui est devant vous, vous n’avez pas vraiment de contrôle sur la façon dont vous photographiez, l’éclairage par exemple.

J’ai donc arrêté de travailler pour les journaux et j’ai commencé à travailler pour des magazines, le monde de la mode et du portrait… Mais dans ma tête, j’ai toujours eu cette idée de liquides. A l’école, j’aimais les sciences, surtout la chimie. Ce n’était pas forcément ma matière la plus forte, mais elle me fascinait. Je crois que c’est de là que m’est venue l’idée. J’ai donc voulu l’essayer. C’est ce que j’ai fait et c’était très beau. Les gens ont vraiment aimé, alors j’ai décidé de me spécialiser dans ce domaine. »

Quelle est ta source d’inspiration ?

« Les couleurs et les textures sont une grande source d’inspiration pour moi. Les couleurs parce que leur harmonieux mélange rend possible une expérience esthétique sans précédent. Les textures, parce que celles des liquides dégagent une sensation de douceur, notamment par la façon dont elles sont la condition pour les liquides de s’entremêler et se fondre les uns dans les autres.

Mon autre source d’inspiration est la vie quotidienne. Le simple fait d’être dehors, d’être assis dans un café, de boire un verre et de regarder le monde bouger me donne beaucoup d’idées.

Enfin, la lumière, qu’elle soit naturelle, en photographie ou en peinture, me stimule également. Je suis vraiment inspiré par la façon dont certains grands peintres ou photographes utilisent la lumière dans leurs peintures ou leurs photographies par exemple. »

Des projets que tu aimerais mettre en avant ?

Aqueous Fluoreau, Mark Mawson

Aqueous, Mark Mawson

« La série d’œuvres Aqueous consiste à placer des liquides de couleurs dans l’eau et à suivre l’évolution aléatoire et esthétique du mélange. J’ai réalisé la première œuvre de cette série en 2004, bien que j’avais déjà l’idée de mélanger liquides colorés et eau depuis plusieurs années. Au début, cette idée me paraissait plus ludique qu’autre chose, je faisais ça pour m’amuser. Concrètement, je peignais de l’eau et découvrais des formes inattendues et des couleurs éclatantes. Mais le rendu était finalement si réussi que j’ai décidé de me spécialiser dans ce domaine, de creuser l’ensemble des possibilités offertes par une telle technique. J’ai été d’autant plus encouragé dans cette décision que les personnes auxquelles je montrais le résultat étaient séduites elles aussi. »

Kaleidoscope, Mark Mawson